Papou

Comme c’est bizarre… comme c’est étrange… et quelle coïncidence que tu ne sois plus là et je ne le suis pas non plus malheureusement, mais tu as bien mérité ton hommage sacré farceur.

Stéphanie, qui a dirigé avec brio la fanfare que tu souhaitais pour tes derniers instants, n’aurait pas pu trouver meilleure appellation pour te surnommer. Papou, tu étais un drôle de zouave, avec différentes facettes, mais c’est surtout celle-là que tu voulais montrer à tes nombreux petits-enfants.

Pour ma part, tu resteras cet homme insaisissable aux mille métiers, mais avant tout celui que tu été jusqu’à faire imprimer sur des cartes de visite : factotum honoraire. C’est-à-dire un serviteur, modeste, toujours prêt à rendre service. Ta servitude volontaire t’aura conduit à faire des choses incroyables pour nous.

Comme cette journée à nous attendre, Nathaël et moi, sous une chaleur écrasante, tandis que nous enchaînions les attractions d’EuroDisney. Par deux fois, nous avons voulu te faire participer à nos activités : la première, tu es passé du rouge au blanc et on a failli te perdre en avance, et la seconde, Nathaël a regretté de t’avoir fait monter avec lui dans sa petite voiture…

Eh oui, tu savais aussi être un grand enfant. Combien de fois tu t’es cassé la figure en voulant faire les mêmes pirouettes que nous, ou tous ces matchs de «fohotballe» que tu regardais avec moi à la télé et que je n’arrivais pas à suivre car tu posais des questions toutes les deux minutes : «Mais pourquoi il tire dans les tribunes lui ?» «Et pourquoi il se roule par terre l’autre ?» Tu étais plus sage devant les James Bond et les westerns, que tu appelais délicieusement à ta façon : les films de «CovBois». Ah ce fameux anglais «personnel» que tu avais appris chez General Motors, là-bas chez les Indiens…

Tu avais aussi tes moments de mauvaise humeur et d’agacement, notamment avec Mamine. Mais l’indécrottable romantique que tu es finissait toujours ses querelles par quelques minutes de silence. Puis soudain, ton éternel sourire malicieux reprenait le dessus, et tu rompais les hostilités par un «Poulet !». Et elle te répondait «Jacquot»… Et la vie reprenait son cours dans un grand éclat de rire. A l’image de quand tu répondais au téléphone avec ton austère «Bonnnnjouuuuur» suivi d’un «ah bonjour mon grand, je te passe ta grand-mère !»

Voilà, malgré toutes tes «copines», de Châtillon à Rouvray, en passant par tous les lieux que tu fréquentais (les boulangères et les marchandes de journaux ne t’oublieront jamais non plus), il n’y avait qu’une seule femme dans ton cœur et nous allons continuer de prendre soin d’elle pour toi.

Il y aurait des tas d’autres choses que je pourrais raconter, tellement que même Mamine n’aurait pas assez de cartons et de sacs pour les mettre toutes dedans : de très longs voyage en voiture en ta compagnie, longs surtout parce que 90 km/h sur l’autoroute, c’est vraiment pas rapide, ton goût pour les crêperies et le pain rassis, les concerts de flûte que tu donnais pour toi-même dans ta chambre, ou encore les centaines de bouquins de ta bibliothèque qui faisaient de toi un amateur de bons mots et un savant anonyme.

Je crois que ce que l’on aura notamment appris à tes côtés, c’est que la modestie et l’humour suffisent à faire de n’importe qui quelqu’un de bien et de cher. Le monde est fou, tu étais fou, mais ta folie à toi était douce, chaleureuse et enchantait tous ceux qui te côtoyaient. Nous la portons sans doute aussi tous un petit peu en nous. Papou, «Tank You Very Très Muche».

Aujourd’hui, j’ai entendu…

… une dame d’un certain âge, rouge à lèvres qui porte bien son nom, pas liftée mais presque, qui m’a demandé d’où je venais alors que je donnais mon numéro de téléphone à une jeune employée de la banque dont le distributeur automatique m’avait embarqué un billet que je voulais retirer (cette phrase est très longue).

Je lui ai répondu que j’étais français. « Ah, je croyais que vous étiez brésilien vu comment vous prononcez les numéros », m’a-t-elle dit. Je me suis senti flatté, c’est la première fois qu’on me prend pour un natif. Quoique les rabatteurs d’ONG qui attrapent les passants des rues du Centro de Niteroi commencent à s’intéresser à moi alors qu’avant, je sentais le « gringo » à deux kilomètres.

L’employée de la banque a répété mes numéros. « Vous voyez, elle les prononce comme vous ! » constate ma gentille dame, ne laissant pas la jeune femme en finir avec mon cas. « J’ai appris le français il y a très longtemps, à Brasilia, à l’Alliance française, bonjour, comment allez-vous ? » s’exclame-t-elle, fière d’afficher ses quatre mots de français.

L’employée tente alors d’en placer une, mais non, la dame poursuit : « J’avais une amie qui me disait toujours ‘débrouiller’, ‘débrouiller’, comment on dit en portugais ? » Je lui réponds que je ne sais pas. Elle me propose une traduction que je ne peux confirmer et continue son histoire, tandis que je vois ma banquière qui bout d’impatience de clore notre entrevue.

J’aide cette dernière en m’adressant de nouveau à elle pour la remercier de son intervention en ma faveur (et celle de mon compte en banque). La dame comprend qu’il est temps d’en finir. « Très bien, va avec Dieu », me glisse-t-elle en partant. Amen.

Published in: on 10 avril 2014 at 2:25  Laisser un commentaire  

Aujourd’hui, j’ai entendu…

… un jeune garçon, à peine majeur, discuter avec un autre, sur le boulevard Saint-Germain. L’un demandait au second ce qu’il pensait d’une jeune fille qu’ils connaissaient tous les deux : « La renoi ? Ouais, elle est mignonne, mais elle parle comme un bonhomme, ça nique le charme ». Il n’y a pas que le physique dans la vie.

Published in: on 3 octobre 2010 at 2:06  Laisser un commentaire  

Aujourd’hui, j’ai vu…

… deux Mormons sur la ligne 4 du métro, bondée. Ce sont ces fameux évangélistes américains, gueule bien fraîche et banale, coupe courte et sourire béat, costume classique et propre. Sans oublier l’indispensable badge qui permet au public de connaître leur nom et la (longue) dénomination de leur Eglise des derniers jours des derniers saints ou presque.

Le premier avait un nom aussi banal que sa tête, genre Kevin Smith. L’autre par contre, ben impossible de savoir, les caractères inscrits sur son badge étaient chinois ! Je veux bien que la France ne soit pas un pays très civilisé, mais tout de même les Mormons, faites un effort !

Published in: on 27 septembre 2010 at 4:37  Laisser un commentaire  

Aujourd’hui, j’ai vu…

… un dandy de Saint-Germain des Prés, la cinquantaine, qui promenait son chien, un Scottish Terrier, noir, au bout d’une laisse. Mais monsieur tenait deux laisses. Au bout de la deuxième laisse, un collier, qui traînait sur le sol avec beaucoup moins de classe que le trot du Scottish Terrier noir.

Mon regard fut alors intrigué. Le dandy, qui croisa ce regard, s’intrigua alors de mon regard intrigué sur le sol. Il se retourna et émit un petit « oh ! » qui allait tout à fait avec le personnage, lunettes de vue vintage voyantes et petit foulard autour du cou.

Il se mit à sautiller et fit marche arrière. L’autre Scottish Terrier, blanc, qui avait subtilement abandonné son collier, se trouvait à quelques mètres de là, se laissant aller près d’un arbre…

Published in: on 27 septembre 2010 at 4:25  Laisser un commentaire  

DSK et moi

La réalité, c’est bien, mais les rêves, c’est mieux. Généralement, les miens, quand je m’en rappelle, sont truffés de situations invraisemblables, mais constamment avec des références à ma vie actuelle, et c’est ça qui ajoute du piment. Quand je me réveille, je suis soit content que ce ne soit qu’un rêve, soit déçu…

Souvent, mes rêves viennent par grappes. Je me retrouve ainsi successivement dans plusieurs petits évènement particuliers, qui n’ont parfois aucun lien entre eux. La dernière grappe fut plutôt cocasse…

Dominique Strauss-Kahn, patron du FMI et chouchou des Français pour représenter le PS en 2012, avait convoqué une dizaine de journalistes pour des entretiens, un par un, avec lui. Et je faisais partie des heureux sélectionnés ! DSK était dans une pièce, et tous les journalistes dans une autre, tous assis autour d’une grande table, chacun attendant son tour. Moi, j’étais prévu en avant-dernier.

Je m’approche de la table pour m’installer et patienter quand l’un des journalistes (qui se ressemblaient tous, en costume-cravate, un peu comme les Mr Smith de « Matrix ») agite une feuille de papier dont le coin vient me faire une petite coupure au visage. Je m’emporte, lui aussi, et on est à deux doigts de se battre. Mais nous sommes séparés.

Puis je m’écarte de la table, je me dirige vers les toilettes et tombe sur une très jolie demoiselle qui me dit qu’elle aussi, elle doit interviewer DSK, mais en dernière position. Nous décidons de retourner dans la salle des journalistes ensemble et là, nous voyons DSK qui annonce qu’il n’a en fait plus de temps à nous accorder à nous, les deux derniers intervieweurs potentiels…

Et c’est là qu’un autre rêve s’enchaîne où je me retrouve en première ligne d’une mêlée de l’équipe de France de rugby, au Stade de France, devant plein de monde. Je ne me rappelle plus de l’équipe adverse mais nous ne sommes que deux en première ligne et on va pas faire le poids.

Temps mort, je me retrouve dans un vestiaire avec mes rédacteurs en chef de 20 Minutes.fr. Et ma rédactrice en chef d’engueuler mes coéquipiers rugbymen parce qu’aucun n’a voulu se mettre avec moi en première ligne !

Quelques instants plus tard, je reçois une invitation du Salon du Sandwich (où j’ai fait un reportage récemment) qui m’invite à assister à la finale d’un tournoi international de handball à Nantes. La France est en finale, je suis plutôt excité mais mon rédacteur en chef me dit que ça ne l’intéresse pas et que je n’irai pas… La fin d’un rêve…

Published in: on 18 février 2010 at 12:22  Laisser un commentaire  

Parisiennes et Parisiens

Pour la première fois de ma vie, je suis devenu parrain. J’en suis très honoré mais c’est ainsi que je dois désormais m’affranchir de ce rôle en attribuant un certain nombre de présents à mon petit filleul, Augustin de son prénom.

L’autre jour, après le boulot, je file au Printemps juste à côté, puis au 7e étage du grand magasin, et j’achète une babiole-peluche pour le petit. J’avais remarqué une autre fois que les gens utilisaient peu les ascenceurs du magasin, parce que souvent cachés et lents. Oui mais au moins, on évite tous les escalators et tous les gens qui y sont dessus.

Ainsi, pour redescendre au rez-de-chaussée, même principe, je prends l’ascenceur, qui était à moitié plein.

Nous arrivons à l’étage du dessous et là arrive un jeune type mal luné, casquette d’hiver sur la tête (avec des protections sur les oreilles), un gobelet de thé dans chaque main et une cigarette entre deux doigts. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il ne faisait pas très « Printemps », surtout au vu de mes congénères de l’ascenceur, plus BCBG tu meurs.

Le type arrive donc et à peine il demande si l’élévateur monte ou descend, mes congénères lui crient en choeur : « ça descend ! ». Ils imaginaient que l’inopportun serait effrayé et ne monterait pas avec nous. Peine perdue, il se met à côté de moi, passablement énervé et commence à clamer : « Putain de parisiennes et de parisiens ! ».

La plus BCBG du groupe, en face de lui, lui fait remarquer, avec son air hautain, qu’il aurait pu demander sa route de manière plus aimable. Les étages restants, notre jeune buveur de thé nous a alors présenté à sa façon tout le bien qu’il pensait de la capitale, avec un seul slogan: « Putain de parisiennes et de parisiens ».

Arrivé au rez-de-chaussée, j’ai été le seul, amusé, à lui glisser un solidaire et cordial « Au revoir », auquel il a répondu avec chaleur.

Published in: on 17 janvier 2010 at 5:53  Laisser un commentaire  

N’est pas San Antonio qui veut

Ce fut l’apéritif de trop. Les époux Titegoutte plaident à nouveau la bonne foi devant la 23e chambre du Tribunal de Grande Instance de Paris. M. Verdeau était un alcoolique notoire. « Sa femme l’avait quitté, sa fille ne voulait plus le revoir, il noyait son chagrin dans le pastis. ça devait bien arriver un jour… », explique calmement le mari, Germain Titegoutte, 59 ans. Le président de la cour ne boit pas de cette eau-là : « Et ce soir-là, il s’est mis au whisky ? Une bouteille pour lui tout seul ? » La défense patauge.

Les époux Titegoutte ne sont pas nets. Locataires depuis 22 ans d’un petit appartement de la rue des Pyrénées, ils sont accusés d’avoir provoqué le décès de leur propriétaire, François Verdeau, par overdose d’alcool. Le corps de la victime, qui habitait le logement du dessous, a été retrouvé devant sa porte, dans un coma éthylique aggravé. Les époux Titegoutte clament leur innoncence, indiquant que M. Verdeau serait tombé dans les escaliers en voulant rentrer chez lui, après cet apéritif fatal.

Pourtant, l’avocat de la partie civile, Me Pineau, n’en démord pas. Selon lui, le mobile est clair comme de l’eau de roche. La victime, 74 ans, n’avait en effet plus toute sa tête et par excès de bonté, il avait signé une lettre promettant à Germain et Corinne Titegoutte l’acquisition définitive de leur logement après sa mort. Les accusés auraient alors décidé de précipiter la bonne affaire.

L’avocat des époux Titegoutte, Me Ratafia, défend ses clients avec pugnacité. Ils s’entendaient très bien avec M. Verdeau qui passait régulièrement les voir : « Ils étaient même partis plusieurs fois en vacances ensemble, au camping Les Pinèdes de Pertuis, dans le Vaucluse. » Modestes mais pas dans le besoin, ils n’étaient plus très loin de la retraite : « Ils voulaient se retirer à la campagne et finir leur vie tranquillement. Ils n’avaient vraiment pas besoin de ça ! » La coupe est pleine. L’avocat s’emporte, critique cette justice qui s’en prend systématiquement aux petites gens.

« Je vous rappelle, cher maître, qu’un entonnoir avec des traces de whisky a été retrouvé sous le matelas des prévenus. » La dernière réplique du président est sanglante. Il rend son arrêt dans la foulée : il y aura des barreaux aux fenêtres de la maison de campagne des époux Titegoutte.

Published in: on 7 novembre 2009 at 7:29  Laisser un commentaire  

Nuit blanche

Il est 2h, je rentre à la maison. Il fait sombre, une seule petite lampe fait office de veilleuse dans la grande pièce. Fourbu, je me laisse tomber sur le canapé. Je regarde le plafond en silence. Encore un moment et je repartirai.

Derrière moi, elle dort en silence. Son visage se fait encore plus enfantin quand elle a les yeux fermés. Elle est partie, très loin d’ici. Peut-être de retour au pays.

Je prends un journal qui traîne près de moi et je commence à le feuilleter. Le frottement des pages la réveille. Elle se lève de manière subite et s’élance d’un pas léger vers la cuisine. Je l’observe sans dire un mot.

Elle met du lait dans une casserole qu’elle place sur la plaque électrique. Puis elle sort deux tranches de pain de mie, y place un peu de jambon et un bout de fromage.

Elle vient me rejoindre sur le canapé et soupire : « C’est dur la vie en France. » Je hoche la tête. Elle engouffre le frugal sandwich dans sa bouche, fixant le mur devant elle.

Elle se relève et avale son lait chaud en cuisine. Puis elle regagne le lit. « Bon courage… », me souffle-t-elle avant de se blottir sous la couverture.

Il est 4h30, je sors de la maison.

Published in: on 31 octobre 2009 at 6:36  Laisser un commentaire  

En rouge et noir

« Ramasse ton godet ! » Samedi 9 mai, Stade de France. Finale de la coupe de France de football, Rennes contre Guingamp : « Eh oh, ramasse ton godet ! » Un événement attendu par toute une région, tout un peuple : « Oh ! Oui toi, ramasse ton godet, le laisse pas par terre ! » Toute la Bretagne est là, ou presque : « Allez, viens par là, viens ramasser ton godet j’te dis ! »

L’homme, écharpe de l’En Avant Guingamp autour du cou, tourne la tête à chaque invective mais y répond par des soufflements agacés. Il se dirige vers le portique d’entrée au stade. Son moralisateur, supporter guingampais également, le rattrape alors et le tire par le manteau : « Il est là-bas ton godet, par terre, et tu vas le ramasser ! ».

Derrière les deux hommes, ça chambre. Un groupe de rennais se forme et chante sur l’air de « Santiano » d’Hugues Aufray : « Tiens bon la vache / Tiens bon la charrue / Guingampais, Roi du tracteur / Quatre cents chevaux sous le carburateur / Tu es fier d’être un agriculteur ! ».

La poubelle déborde de détritus. L’homme ramasse finalement son gobelet et le jette en direction du sac transparent, sans conviction. Il s’est déjà retourné, pressé de rejoindre enfin son siège, que le verre rebondit sur le bord de la poubelle et retombe sur le sol.

« Hey ! Il est pas dans le sac ton godet ! Viens donc le ramasser ! » Le supporter écolo n’en démord pas. Il repart à la charge, rattrape à nouveau l’homme qui est en passe de lui échapper. Il le prend par le bras et lui désigne le gobelet du doigt.

« Mais c’est pas le mien ! » lui dit l’homme. Les supporters rennais enchaînent : « Galette Saucisse je t’aime / J’en mangerais des kilos / Dans toute l’Ille-et-Vilaine / Avec du lait ribot ! ».

L’homme grommelle. Il ramasse tout de même le gobelet, le pose délicatement sur le sac et shoote dans quelques bouts de verre disséminés sur le sol. Le geste juste effectué et validé par son camarade supporter, il peut enfin entrer dans l’enceinte la conscience tranquille.

Quelques heures plus tard, l’En Avant a battu Rennes 2 buts à 1. Les Rennais ont arrêté de chanter, et tous les Guingampais s’enlacent, hilares.

Published in: on 31 octobre 2009 at 6:29  Laisser un commentaire