Paroles de vrais gens

J’aime bien partir en reportage. Cela me permet de me confronter à la réalité d’un fait, avec son lieu et ses acteurs face à moi.

Je note, beaucoup de choses, des détails, mais surtout des paroles, pour alimenter mon article. De ce que me disent les gens, je ne garderai que l’essentiel, le bon mot, la bonne expression, le vécu.

Et il y a ces offs, ces choses que les gens voudraient cacher au grand public et à moi, journaliste, mais qu’ils ne peuvent s’empêcher de déclarer, parce que c’est leur véritable opinion, ce qu’ils ont au fond d’eux, leur identité, le message qu’ils voudraient faire passer avant tout.

En parcourant ces lieux différents, ces faits divers et variés, j’ai entendu quelques perles, et j’en entendrai d’autres que je vais prendre soin de noter pour les rapporter ici.

Braquage d’un supermarché Lidl à Sevran, prise d’otages, meute de journalistes autour du lieu :

Je vois arriver un homme près de moi, corpulent, sûr de lui. Je le prends pour un habitant. Je commence à lui poser des questions, il me répond avec mépris :

– Vous travaillez ici ?

– Non, pas du tout.

– Vous vivez ici ?

– ça va pas, non ? C’est la zone ici…

C’était un journaliste de France 2.

Une dame est renversée par un camion de police devant Notre-Dame, à Paris :

Je cherche des témoins. Je vais voir un vieux type qui tient un kiosque à journaux. Il me dit qu’il n’a rien vu, il n’était pas dans l’axe de la rue, mais il ajoute, en parlant de la victime : « C’est bien fait pour elle ! Elle devait travailler pour la préfecture de police… »

Je continue mon parcours. Devant la sortie des urgences de l’Hôtel-Dieu, des personnes en blouse blanche observent la scène de loin, discutant de ce qu’il s’est passé. Je leur demande alors s’ils ont vu quelque chose. Méprisant à mon égard, une grosse infirmière me répond sèchement : « On n’a rien à vous dire, on fait notre travail ».

Tout près du lieu du drame, deux vieux messieurs pleins de verve échangent :

– Ah ça les flics, ils se croient tout permis… Ils roulent vite, pour un rien.

– Et c’est une femme qui conduisait !

– Ah oui ? Ah ça les femmes qui conduisent… Vous savez, moi j’ai une opinion sur les femmes… ah oui…

– Ah ça…

Grève du RER A, les commerçants du centre commercial les Quatre Temps, à la Défense, voient leur clientèle baisser considérablement :

J’interroge le gérant d’un bar à propos de cette grève. Il me dit que ça lui a fait perdre 20% de son chiffre d’affaires. Il m’a tout dit, en partant, il me dit : « Enfin vous savez ce que j’en pense… Quand on est fainéant, c’est pour la vie ! »

Peu après, un jeune vendeur de chez Virgin me parle de « grève de merde » avant de se rattraper « enfin cette grève quoi ».

Published in: on 15 décembre 2009 at 1:02  Laisser un commentaire